Ravel dans son décor

Voici comment la violoniste Hélène Jourdan-Morhange décrit le décor dont s’entourait Maurice Ravel dans sa maison de Montfort-l’Amaury et dont on retrouve des éléments  dans l’Enfant et les Sortilèges:

Maison de Maurice Ravel

« Cette maison déconcerte un peu le visiteur: elle est vraiment cocasse, coupée en quart de brie sur la route, avec son petit belvédère de boîte à joujoux! Les pièces y sont peu spacieuses, et la chambre du maître donnant à même le jardin semble une sorte de cave étonnée d’être habillée de satin. L’intérieur de la maison témoignait de la hantise de Ravel pour l’Orient. Le salon n’était rempli que de bibelots japonais mais tout était faux! Potiches des grands magasins, fleurs en verre filé, tasses orientales de bazar. Un faux Renoir et un faux Monticelli paradaient dans la salle à manger. Il recherchait les bibelots 1880 dont la laideur finit par assurer leur succès! Ravel était resté un enfant. Sa chambre de travail le prouvait: on y trouvait des jouets mécaniques, des boîtes à musique, un petit voilier qu’une secrète manivelle faisait tanguer sur des vagues en carton, des Chinois en bois, idoles graves, tirant une langue démesurée, un rossignol, gros comme une noisette, battant des ailes (en vraies plumes), des boîtes en verre coloré, des boules presse-papier, aux fleurs emprisonnées dans le cristal. »

La maison de Maurice Ravel se visite, sur rendez-vous. On peut encore y voir sa collection de bibelots. Renseignements sur le site de la mairie de Montfort l’Amaury: www.ville-montfort-l-amaury.fr/La-maison-musee-de-Maurice-Ravel

Alexandre Yersin, disciple de Louis Pasteur

François Ailleret , qui a eu la courtoisie de préfacer mon livre sur  Louis Pasteur, m’a envoyé un article de la Revue d’Etudes Vietnamiennes écrit par le professeur Doàn Xuân Muou et consacré à Alexandre Yersin, l’un des premiers disciples de Louis Pasteur. Le récit de sa vie montre quel élan considérable Louis Pasteur a donné à la recherche et quelles vocations profondes ses travaux ont suscitées. En voici les grandes lignes:

Alexandre Yersin

Alexandre Yersin est un suisse né en 1863 dans le canton de Vaud. Ses ancêtres hugenots français s’étaient installés là après la révocation de l’édit de Nantes par Louis XIV. Après des études secondaires à Lausanne, Alexandre Yersin commence des études de médecine en Suisse, puis en Allemagne, et , enfin, à Paris. En 1886, il y rencontre Louis Pasteur qui supervise la vaccination contre la rage. Il obient une place dans le laboratoire de la rue d’Ulm et devient l’assisant d’Emile Roux, le plus proche collaborateur de Pasteur. A vingt cinq ans, il devient docteur en médecine et obtient la nationalité française qu’il a demandée. Il travaille sur l’étude de la toxine de la diphtérie. En 1888, l’Institut Pasteur est inauguré. Alexandre Yersin devrait tout naturellement y travailler, mais l’Orient le hante. Il passe des heures à étudier les cartes de Chine et d’Indochine et s’embarque pour l’Extrème-Orient au grand regret de ses amis et de ses professeurs.

Alors qu’il explore depuis deux ans les hauteurs de l’Annam pour le compte de l’administration française en Indochine, Alexandre Yersin apprend, en mai 1894 qu’une très forte épidémie de peste bubonique s’est déclarée à Hongkong. Il demande au gouvernement français l’autorisation d’aller y étudier la maladie. Lorsqu’il arrive à Hongkong, Yersin trouve une ville désertée de la moitié de ses habitants. le taux de mortalité des personnes contaminées par la peste dépasse 90%. Mais cela n’arrète pas le jeune chercheur. Il donne son temps nuits et jours: il autopsie les cadavres et analyse leurs bubons dans un laboratoire de fortune qu’il a installé dans une petite cabane à la périphérie de la ville. C’est là qu’il découvre le bacille de la peste bubonique, le 20 juin 1894.

Puis il retourne en France afin de mettre au point un sérum en se basant sur les méthodologies de Pasteur. Une fois son travail de recherches terminé, Alexandre Yersin  retourne en Indochine et installe un petit laboratoire à quelques kilomètres de la ville de Nha Trang, dans une région qui l’a séduit depuis son arrivée en Extrème-Orient, cinq ans plus tôt. André Calmette a déjà créé un laboratoire à Saïgon en 1890. Celui de Nha Trang sera le deuxième. Et c’est toujours là que se dresse aujourd’hui l’Institut Pasteur.

Yersin fait construire des écuries près du laboratoire pour élever des chevaux qui, immunisés, pourront servir à produire du sérum contre la peste. Mais, bien vite, il comprend qu’il va manquer de terres pour fournir le fourrage nécessaire à l’alimentation des chevaux. Un jour, en longeant une rivière à une dizaine de kilomètres des écuries, il voit un terrain en friche et le demande à l’administration: le haras expérimental de Suôi Dâu est bientôt inauguré.  Il fonctionne encore.

Grace aux sérums qu’Alexandre Yersin peut produire en grande quantité, des milliers de vies sont sauvés en Indochine, en Chine et en Inde. Le laboratoire  de Nha Trang devient vite célèbre également dans le traitement des maladies du bétail et il va former des vétérinaires du monde entier.

En 1902, Paul Doumer, le gouverneur général de l’Indochine appelle Alexandre Yersain à Hanoi. Sa mission: créer et diriger un école de médecine, une grande première en Indochine, où il n’existe encore aucun médecin formé aux méthodes de la médecine occidentale. Mais, en 1904, l’école de médecine fonctionnant bien, Alexandre Yersin retourne à son cher laboratoire de Nha Trang qu’il regroupe avec celui de Saigon pour former l’IPI, Institut Pasteur de l’Indochine, qu’il ne cesse de développer jusque dans les années 1920. A soixante ans, il décide d’en confier la direction et se consacre pendant vingt ans encore à la culture des plantes tropicales. Yersin introduit en Indochine le latex, le tabac, le kola, le café, le cacao, les cocotiers… Il sera le premier à acclimater les hévéas de Malaisie et de Ceylan au Vietnam.

Les dix dernières années de sa vie, Alexandre Yersin les passent à Nha Trang, parmi les habitants de la ville, parlant avec les enfants, aidant les personnes âges ou malades, conseillant les pêcheurs pour qu’ils apprenent à mieux prévoir les tempêtes…

Il meurt le 28 février 1943 et, comme il l’avait souhaité, il est enterré à Suôi Dâu, au calme.

Un drôle de début d’année..

Vous l’avez vu, dans son journal, Martin commence la nouvelle année à Pâques. C’est en effet  sous le roi Charles IX, au XVIè siècle que le début de la nouvelle année sera déplacé au premier janvier. Avant, on changeait dans la nuit qui conduisait du samedi saint à Pâques, entre une heure et deux heures du matin. D’ailleurs, si vous examinez les mois de septembre, octobre, novembre et décembre, vous y retrouver les racines des mots sept, huit, neuf et dix, parce que c’était leur place dans le calendrier lorsque la fête de Pâques se situait pendant le mois de mars.

Cheminer à la fin du Moyen-Age

Martin, dans Martin, apprenti de Gutenberg (Gallimard jeunesse) voyage le plus souvent possible sur les fleuves et les rivières, car les routes ne sont pas très sûres et, l’hiver, se transforment en véritables bourbiers. Mais, à la fin du Moyen-Age, il existait déjà un réseau incroyable de chemins. Les gens circulaient beaucoup plus qu’on ne le pense aujourd’hui et les routes étaient très organisées.  Un auteur de la fin du XIIIè sièce, Philippe de Beaumanoir, dans ses Coutumes de Beauvaisis,  récapitule ainsi les cinq chemins qu’il connait:

* Le sentier large de 1,20 mètres. les charettes ne doivent pas l’emprunter car elles risqueraient d’endommager les champs ou des biens.

La charrière, large de 2,40 mètres, où deux charettes ne peuvent circuler de front mais où elles peuvent se croiser. Le bétail doit y être tenu par la bride.

* La voie, large de 4,80 mètres, où deux charettes penvent avancer de front en laissant un sentier de part et d’autre: on y conduit le bétail en le poussant devant soi d’un village à l’autre ou d’un marché à l’autre, mais sans s’arrêter pour le faire paître.

* Le chemin, large de 9,60 mètres où les bêtes ont le droit de paître et de s’arrêter et les marchandises de passer; aussi y perçoit-on des taxes de circulation.

* Le grand chemin royal, large de 19,20 mètres, où toutes les productions de la terre et les bêtes, dont les hommes et les femmes se nourrissent pour vivre, puissent y être menéees et transportées; pour que chacun puisse y aller et venir, avoir toutes les commodités nécessaires grâce à la largeur du chemin et aller par les cités et les châteaux pour poursuivre ses affaires.

(d’après Voyager au Moyen Age, de Jean Verdon, ED.Perrin, coll Tempus)

La recette de la sauce cameline

Pour les cuisiniers amateurs, voici, de la part de Martin (Martin, apprenti de Gutenberg, Gallimard Jeunesse), la recette de la sauce cameline qu’il a dégustée  le 1er mai 1468, en l’honneur de la fête d’une confrérie d’orfèvres. Cette sauce était fort appréciée à la fin du Moyen-Age:  des cuisiniers la vendait même  toute prête dans leurs échoppes.

« Prenez du pain blanc selon la quantité de sauce à faire, écrit Maître Chiquart, dans « Du Fait de cuysine », et mettez-le à bien rôtir sur le gril. Ayez du bon vin clairet, le meilleur possible, dans lequel vous mettrez le pain à tremper, ainsi que du vinaigre en bonne quantité. Prenez vos épices, à savoir cannelle, gingembre, graine de paradis, clou de girofle, un peu de poivre, du macis, de la noix de muscade et un peu de sucre; mélangez tout cela avec le pain et ajoutez un peu de sel. »

Vous l’aurez compris, tous ces ingrédients donnent une sauce de la couleur du chameau, d’où son nom de sauce cameline.

Les incunables?

Que veut dire ce mot savant? On appelle incunables les livres imprimés publiés avant le XVIè siècle. Ils sont très rares.

Voici deux photos. L’une représente le premier livre imprimé,  une Bible à 42 lignes (parce que chaque colonne compte 42 lignes) , imprimée par Johannes Gutenberg en 1443, à cent cinquante exemplaires. Quelques uns de ces précieux ouvrages sont conservés dans les plus prestigieuses bibliothèques, à Paris, Londres, New York, Berlin,  le Vatican, Tokyo, Vienne …

La deuxième photo représente une page d’une autre Bible très célèbre, appellée la Bible à 48 lignes. Elle fut imprimée en 1462, à Mayence, dans l’atelier de Peter Schöffers pour Johannes Fust , qui fut un moment associé à Gutenberg.

Jeu de piste dans le Paris de la fin du Moyen-Age

Dans Martin, apprenti de Gutenberg, lorsque Martin et Emery sont poursuivis dans la capitale, ils passent par là!

Voici un extrait d’un des plus vieux plans de Paris dont disposent les historiens. Il s’agit du plan de Truschet et Hoyau, appelé aussi plan de Bâle parce qu’il a été dessiné par un habitant de cette ville, vers 1550 environ et a été publié en 1553. Il n’y a aucun plan de Paris précis antérieur. J’ai donc travaillé sur celui là, en vérifiant que les monuments et les ponts existaient bien en 1468. La Bibliothèque Historique de la Ville de Paris, et le musée Carnavalet possèdent  des reproductions  de ce plan et d’autres plans historiques de la capitale.

Extrait du plan de Truschet et Hoyau